D.GRAY-MAN ==> Chapitre 8 <== Love or reason ?

La mystérieuse prétendante au trône s’était volatilisée depuis l’incident de la veille. Elle préoccupait Allen plus qu’elle ne l’aurait du. Des centaines d’endroits défilaient dans sa tête sans qu’il parvienne à ne trouver une moindre idée d’où elle pourrait être cachée. Même les repas succulents qu’on leur servait ne le calmait pas, lui qui avait l’habitude d’être un glouton hors pair. Lenalee fronça les sourcils, inquiète à son propos. Elle donna un bref coup de coude à Krory qui, plongé dans sa dégustation, sursauta à ce contact. Elle lui montra Allen de la tête, la mine inquiète. Celui-ci semblait s’énerver dans le vide en plein dîner et on devait l’appeler plusieurs fois pour qu’il comprenne qu’on cherchait à lui parler.

-Allen, quelque chose ne va pas ? chuchota Lenalee.

Mais celui-ci ne l’entendit pas. Son visage s’illumina, sûrement grâce à une idée qui ne lui était pas venue auparavant, mais se renferma quelques secondes après. Mauvaise idée.
Lenalee lui réserva le même sort que Krory et lui mit un coup de coude dans le ventre, mais avec une plus grande force.

-Aïe ! Ca va pas ! s’exclama Allen.
-Tu n’écoutes personne et on dirait que tu essaie de tuer du regard Dieu sait quoi !

La voix de l’exorciste fut teintée de gêne.

-Hum… Ah… Je cherchais juste où pouvait être cachée Shizuka.
-Shizuka ? demanda Krory. Qui est-ce ?
-La princesse, répondit Allen, l’expression perplexe.
-Depuis quand tu appelles la princesse de Chine par son prénom ! rouspéta Lenalee.
-Elle m’y a obligé ! se défendit-il. Elle ne voulait pas que je la vouvoie !
-Oui et bien pour le moment, nous sommes en plein repas avec l’empereur, alors, s’il te plaît, évite de l’appeler Shizuka ou de grommeler dans le vide !

Effectivement, l’empereur, assit au bout de la table, les regardait avec une mine soucieuse. Lenalee tenta de rattraper cette interruption par un de ses plus beaux sourires et profita pour mettre un coup de pied à Allen sous la table, incognito. Celui-ci grommela un « Aïe » pour lui-même et imita sa coéquipière.

-Quelque chose  ne va pas ? questionna l’empereur.
-Oh non, tout va bien ! Le repas est succulent ! rattrapa Lenalee, embarassée.
-Oui, vraiment excellent ! rajouta Krory, qui se délectait  de ce repas.
-Est-ce que vous pourriez nous parler de votre fille ? demanda Allen derechef ce qui lui valut un autre coup de pied enragé de la brunette sous la table.

L’empereur sembla quelque peu dubitatif.

-Euh… Ma fille ? Eh bien, ma foi, je ne sais pas trop quoi dire, là comme ça… dit-il. Elle aime beaucoup aider les gens, elle est vraiment maladroite… Hum.. Elle aime énormément la couture, elle y passe beaucoup de temps. Et elle passe beaucoup de temps dans le jardin et en ville…
-En ville ?! Mais elle veut que je me perde ?! La garce ! ragea Allen.

Un silence envahit la pièce. Lenalee, plus honteuse que jamais, lui planta les ongles dans la cuisse, ce qui le fit crier.

-Aïe ! Mais ça va vraiment pas ma parole ! Ca fait mal ! protesta-t-il, jusqu’à ce qu’il voit l’assistance dubitative. Ahem… Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire… tenta-t-il de se rattraper.

Soudain, une idée lui traversa l’esprit.

-Attendez ! Vous avez dit qu’elle aimait la couture ? Mais oui c’est ça ! C’est peut être pas une garce d’avoir voulu me perdre en fait !

Il se leva furtivement et partit en courant dans le jardin. Lenalee se cacha le visage dans les mains, trop honteuse pour faire autrement. Krory, lui, ne semblait n’avoir rien compris.

-Bah, où s’en va-t-il ? demanda-t-il.
-Tais toi Krory, tais toi, répondit Lenalee.

Il rougit de confusion et plongea son regard dans son assiette.
Dans le jardin, Allen tenta de retrouver le chemin qu’ils avaient emprunté à leur arrivée, mais le jardin semblait plus grand qu’il ne se le rappelait.

-Eh merde !

Il avait arrêté de compter le nombre d’arbres, d’étang, de buissons ou de parterre de fleurs il avait passé depuis bien longtemps. Il soupira d’exaspération et s’arrêta, scrutant l’horizon, bien que caché par le nombre indéchiffrable d’arbres.

-Pourquoi je suis parti tout seul ! Et pourquoi ce jardin est-il si grand ?! pesta-t-il dans le vide.

Il donna un coup de pied dans un rocher et s’assit dessus, résolu à attendre du secours, tout en espérant que celui-ci ne vienne pas de Lenalee, qui se ferait une joie de l’assassiner après ce qu’il avait fait au dîner. Mais bien vite l’inactivité excéda. Il balança ses jambes de droite à gauche, puis de haut en bas, changea de position trente fois, baissa la tête, la monta. Il finit par glisser et tomber dans un buisson où une forme poilue lui roula dessus. Il ouvrit les yeux et se retrouva face à face avec un chat. Il poussa un cri strident qui fit fuir le chat et se releva. Une fois sorti du bosquet, il observa le chat disparaître derrière un autre taillis. Il crut d’abord avoir rêvé, puis aperçu ce qu’il avait cherché tout ce temps. Il y trouva la boîte de couture et les différents tissus qu’il avait aperçu à sa première venue. Son visage éclaira et il se dirigea vers l’arbrisseau qui avait fait disparaître le chat. Il y pénétra et après s’être pris une mordante gifle par une branche mécontente de sa venue, il finit par trouver une trappe.

-Une trappe ?

Il l’ouvrit et après avoir posé un pied sur l’escalier qui y était dissimulé, glissa et dévala la pente sur le dos. Il hurla et tomba face contre terre sur des dalles froides.

-Bordel ! rouspéta-t-il.
-Toi ?! s’étonna une voix féminine.

Il releva la tête et aperçu la princesse, les pieds ramené vers elle-même et assise dans un coin de la pièce, le chat calé contre son ventre et entouré de ses bras.

-Mais où on est ?! C’est un nouveau moyen d’arriver au pays des merveilles ? ronchonna-t-il.
-Ma cachette, répondit sèchement Shizuka, apparemment dérangée.

Allen fronça les sourcils devant cette agressivité et se redressa pour aller s’assoir à côté d’elle.

-Je t’ai cherché partout ! En c’était plutôt compliqué avec mon mauvais sens de l’orientation ! Et Lenalee me déteste maintenant ! En plus je me suis pris ton chat dans la figure, je me suis pris une baffe par une branche, j’ai glissé d’un rocher et je crois que ton père me prend pour un fou ! continua-t-il.

Il décrocha un rire à la princesse.

-Il te prend peut-être pour un fou, mais tant que tu seras un exorciste il te donnera les meilleurs traitement qu’il puisse donner, répondit-elle, ne riant plus qu’à moitié.

Il se tourna vers elle, perplexe.

-Pourquoi ça ?
-Il aime bien trop le pouvoir… Et mon absence.

Sa voix semblait brisée.

-J’aurais du m’en douter, je ne suis qu’une idiote, ajouta-t-elle, séchant les larmes qui perlaient à ses yeux.
-C’est quoi cette histoire ?

Elle marqua une pause, ravalant les larmes qu’elle ne voulait pas laisser couler.

-Mon père n’a jamais été heureux de l’idée que je puisse un jour prendre le trône. J’essayais de faire de mon mieux pour qu’il n’ai pas honte de moi mais je suppose que je n’avais rien de ce qu’on attendait d’une reine… J’aimais trop passer du temps avec les habitants de Pékin, plutôt que de me préoccuper de l’administration du pays. Je suis incapable de prendre des décisions… Je n’ai rien à faire sur un trône.

Elle caressait nerveusement son chat, tentant de regarder tout sauf Allen.

-Et maintenant il veux les secrets que personne ne sait. Les exorcistes… Tout est si flou sur vous. Personne ne sait rien de votre organisation. Mon père a du apprendre d’une manière que j’ignore cette histoire d’innocence. C’était une double victoire pour lui, il m’écarte du trône et a quelqu’un infiltré dans le Vatican, poursuivit-elle, ravalant un sanglot et se cachant le visage dans ses genoux.

Le chat miaula et se frotta contre ventre en miaulant, sa manière de la soutenir, ne semblant pas supporter les larmes de sa maîtresse. Allen, un peu embarrassé, lui caressa le dos.

-Il veux que je parte, lâcha-t-elle entre deux sanglots. Pendant des années je me suis mentie en essayant de m’imaginer qu’un jour il m’aimera. Je ne mérite pas d’être sa fille.

Allen passa un bras autour d’elle, ce qui fit relever le regard à la princesse.

-C’est lui qui ne mérite pas de t’avoir comme fille, répondit-il.

En guise de réponse elle nicha sa tête dans son cou et passa ses bras autour de lui. Un peu surpris, il mit un peu de temps à réagir. Il finit par l’étreindre. Il restèrent de longues minutes ainsi, l’un contre l’autre. Il caressa ses cheveux, pendant que ses larmes se séchaient presque. Bien que sachant qu’il ne devrait pas faire ça, ils ne bougèrent pas. Elle ne pouvait pas partir, même si elle le voulait, elle avait trop besoin de lui. Ils ne se connaissaient pourtant pas depuis longtemps mais chacun envahissait la pensée de l’autre, beaucoup trop pour qu’ils y restent impassibles.
Shizuka finit par se relever, séchant ses larmes. Ils se regardèrent dans les yeux. Ils n’arrivaient pas à regarder ailleurs. Allen passa une main dans ses cheveux tandis qu’ils continuaient à se scruter mutuellement des yeux. Malgré la gêne, la jeune femme ne bougea pas, comme hypnotisée. Il s’approcha lentement d’un regard insistant, d’un regard qui demandait la permission d’aller plus loin. Il prit l’inactivité embarrassée de Shizuka pour une réponse affirmative. Il pressa ses lèvres contre les siennes, sans qu’aucune résistance ne vienne de la princesse. Elle passa gauchement une main dans sa nuque. Ils se séparèrent de quelques centimètres, s’observant timidement. Allen tenta de dire quelque chose pour justifier son acte mais la belle le coupa, s’emparant de nouveau de ses lèvres. S’en suivit un un baiser passionné, leurs étreintes se faisant plus étroites au fur et à mesure que la timidité s’en allait. Lorsqu’ils arrêtèrent pour reprendre leur souffre elle posa sa tête sur son torse et resta là, serrée contre lui.

-Reste avec moi, s’il te plaît… supplia-t-elle.
-Autant de temps que tu veux, répondit-il, tout en la pressant contre lui.

Dans une autre pièce, l’ambiance était toute autre.

-Mais où il est ?! s’écria Lenalee en faisant les quatre cents pas dans sa chambre, Krory l’observant peureusement, assis sur un fauteuil. Il est parti depuis bientôt 6 heures ! Si il est parti se perdre en ville, je le tue ! Je te promets que je le tue !

Elle terrifiait Krory lorsqu’elle s’énervait. Parce que Dieu savait qu’il ne fallait pas énerver Lenalee. On lui avait raconté qu’une machine du nom de Komulin 2 en avait subi les conséquences. Et que ce n’était pas beau à voir. Il se contenta donc de rester nerveusement assis sur fauteuil.

-J’en ai assez ! Je vais aller le chercher ! hurla-t-elle.

Krory se risqua à répondre.

-Mais le temps qu’on cherche dans tout le jardin et dans tout Pékin, il sera sans doute revenu… dit-il, à ses risques et périls.

Elle lui lança un regard noir, tenta de dire quelques paroles venimeuses mais seul le silence envahit la pièce. Elle se laissa aller sur le lit, découragée.

-Pas bête, répondit-elle.

Krory acquiesça, heureux que ses paroles ne l’ai pas mené à une mort certaine.

Dans le couloir désert, deux personnes se tenaient la main, recherchant quelque chose.

-Tu es sûre que les chambres sont là ? Parce que pour moi toutes ces couloirs sont identiques, bougonna Allen.
-C’est quand même chez moi , je te rappelle ! rouspéta Shizuka. Tes amis devraient plus être bien loin.

Ils s’arrêtèrent devant une porte dont la chambre semblait être allumée. Elle hésita à prendre le poignée.

-Tu crois qu’il devrait savoir pour… ce qu’il s’est passé ? demanda-t-elle, les joues soudainement rouges.

Il sourit, attendri par sa maladresse et la prit dans les bras de derrière.

-A toi de voir, répondit-il.
-Hum… Je préfère … Plus tard… rougit-elle.

Elle se tourna et l’embrassa furtivement. Elle se défit de son étreinte et ouvrit la porte. Lenalee et Krory les observèrent depuis le lit, le visage surpris.

-Enfin ! s’exclama Lenalee. Où étiez-vous passés ?! rouspéta-t-elle.
-Je l’ai cherché, et puis moi et mon sens de l’orientation tu sais… répondit-il sur le ton de la plaisanterie.
-Oui… soupira-t-elle, soulagée de les avoir retrouvés.

Elle posa une main sur l’épaule à Allen en la tapotant.

-Bien ! C’est une bonne chose que tu sois enfin de retour avec la princesse.
-On a cru que tu t’étais perdu dans Pékin ! Ca aurait été l’enfer pour te retrouver… Ton sens de l’orientation pitoyable est imprévisible… se désola-t-il. Je m’étais imaginé le pire sur les endroits où on aurait pu te retrouver.

Le vampire se lança dans un sorte de monologue sur le sens de l’orientation d’Allen. Après une longue énumération de tout les endroits auxquels Krory avait songé durant ses longues heures d’attente, Allen, courroucé, le stoppa.

-Oui bon d’accord, j’ai compris !

Shizuka étouffa un fou rire devant la liste improbable de Krory qui allait de la Volga à un bordel quelque part en Inde. Allen fit une moue boudeuse.

-Où je suis supposé dormir ? coupa Allen.

Lenalee fut un peu gêné.

-Bah.. C’est-à-dire qu’en t’attendant … Krory et moi, on s’est un peu approprié cette chambre et elle n’est que pour deux… Je suis désolé ! s’excusa la belle exorciste.
-Ce n’est pas grave ! rattrapa Shizuka. Il y a tellement de chambres ici que je suis sûre qu’on pourrait accueillir le double de la Congrégation ! Ca ne devrait pas poser de problèmes de lui trouver une chambre.
-Merci beaucoup ! remercia Lenalee, soulagée.

Shizuka fit signe à Allen de le suivre. Il la suivit sans broncher. Elle s’arrêta quelques portes plus  tard.

-Tu n’as qu’à prendre celle là, elle est proche de celle de tes amis, dit-elle en souriant.
-Merci !

Il ouvrit la porte et pénétra dans la chambre obscure. Il s’arrêta et se tourna vers Shizuka qui était restée sur le seuil. Il ricana.

-Ne reste pas plantée là. C’est soit tu viens soit tu pars, dit-il en riant.

Elle rougit et prise de doute se questionna sur laquelle des décisions était la plus sage. Mais son envie pris le dessus sur sa raison. Elle entra dans la chambre. Elle rougit en détournant le regard.

-On va dire … Que je vais rester…

Allen rigola. Il s’approcha d’elle et l’enlaça, ce qui eut pour effet de redoubler le rouge qui envahissait ses joues. Elle se laissa aller contre lui. L’amour avait décidément bel et bien pris le dessus sur sa raison.

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