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D.GRAY-MAN ==>Chapitre 7<== Pourquoi ?

Samedi 12 mars 2011

Ils attrapèrent également la jambe d’Allen. Les deux personnes eurent à peine le temps de crier que les prisonniers les avaient attirer dans un sombre tunnel. Après une longue glissade, ils atterrirent dans un endroit humide et sale. La pièce empestait. Et pour cause. Autour d’eux se tenait quelques cadavres en décomposition, rongés par les rats et les bêtes s’étant aventurés dans les tréfonds de cet horrible endroit. Les larmes embuèrent les yeux de Shizuka qui tentait vainement de s’enfuir, toujours harcelée par les râlements incessants des détenus.

-Faites moi sortir ! hurla-t-elle.
-Pas sans nous… susurra une des voix.

Allen plissa des yeux, aveugle dans cette obscurité. Il repéra quelques formes de vie un peu plus loin, rampant sur le sol. Sa bouche se tordit de dégoût devant ce qui semblait être le reste d’un humain. On aurait dit que son corps était déjà mort, et que quelques miracles de leur esprit l’obligeait à se mouvoir. Il inspecta les alentours cherchant un quelconque échappatoire. Après quelques secondes de réflexion, il saisit Shizuka, la soulevant de terre, et se créa un passage dans le mur en le pulvérisant à l’aide de son bras gauche. La princesse n’eut pas le temps de comprendre et s’agrippa à l’exorciste, apeurée. Les voix infernales s’éloignèrent tandis qu’ils se cachèrent dans une pièce à l’apparence vide. Ils s’affalèrent sur le sol froid, haletants.

-Est-ce que ça va ? demanda Allen après avoir repris son souffle.
-Oui… lâcha-t-elle entre deux inspirations.
-Vous êtes une princesse alors ?

Elle acquiesça brièvement, fixant ses pieds. Après un mince silence, le jeune exorciste aborda la question qui lui brûlait les lèvres.

-Qu’est ce que vous suppliez que l’on vous enlève lorsque le garde vous poursuivait ?
-Vous m’avez entendu ?! s’exclama la jeune femme que la terreur avait de nouveau animé les pupilles.
-Oui, hésita-t-il à dire.

Elle se recroquevilla sur elle-même et étendit les bras devant elle, remontant ses manches. Elle ôta ses gants dévoilant aux yeux de l’exorciste ses mains noires. Des fragments d’innocence étaient disposés ça et là le long de ses mains, remontant jusqu’à la moitié de son avant-bras.

-L’innocence de Suman.. ? demanda Allen.

Shizuka afficha un visage perplexe.

-Désolé… Je ne connais pas de Suman… Je devrais ?

Ce fut au tour d’Allen de ne pas comprendre. L’incompréhension déforma ses traits.

-Mais … Ce n’est pas vous qui avez volé l’innocence à Suman ?! Mais elle est entre vos mains maintenant !
-Qui est Suman ?! Et je n’ai rien volé !
-Mais si ce n’est pas vous qui l’avez volé, qui l’a fait ?! Komui a dit que la trace de l’innocence à Suman s’arrêtait à votre famille !
-Mais qui sont ces gens ?! gronda la princesse.

Les deux s’observèrent, dubitatifs. Allen brisa le silence.

-Qu’est ce que vous savez sur l’innocence qui se trouve maintenant entre vos mains ?
-On me l’a implanté, sans me demander mon avis. Je ne sais même pas pourquoi, ni le but de cette manœuvre. Mais je veux qu’on me l’enlève !
-Qui vous l’a implanté ?
-Des gens à la solde de mon père. Je ne les avais jamais vus avant.

La mine grave, il détourna le regard sur le mur d’en face, plongé dans une profonde méditation.

-Quelque chose ne va pas ? demanda la jeune femme, soucieuse.

Tiré de ses pensées, Allen sursauta.

-Hein ? Non ! Tout va bien…

La blonde fronça des sourcils.

-Est-ce que tu me prendrais pour une idiote ? Je ne suis pas dupe ! s’exclama-t-elle, une mine boudeuse déformant ses traits délicats.

L’exorciste gêné, rougit légèrement, découvert dans son mensonge. Il tenta de se justifier mais Shizuka ne semblait déjà plus écouter, alertée par des bruits venant du couloir. Elle marcha avec précaution vers la porte. Allen soupira de soulagement. Il n’avait pas eu à expliquer l’histoire qui le reliait à cette innocence. Les gestes maladroits que Shizuka tentait de contenir la rendait adorable. S’efforçant de paraître adroite elle rattrapait ses trébuchements du mieux qu’elle pouvait. Sa luxueuse robe n’était pas en très bon état et la course effrénée l’avait épuisée. Elle poussa le battant de la porte et aperçut un corps qui s’accrocha à ce qu’il restait de ses atours dans des soupirs saccadés terrifiants.

-Attenti- ! cria l’exorciste.
-Mon Dieu ! Il est blessé ! s’exclama avec horreur la princesse, s’agenouillant auprès de l’homme à mi-chemin entre la vie et la mort.
-Hein ?! s’étonna son camarade.

Elle commença à arracher des pans de sa robe pour panser les blessures du mourant, semblant oublier que celui-ci voulait probablement sa mort. Allen resta là, figé et ouvrant des yeux globuleux.

-P-Princesse … ? demanda-t-il.
-Amène moi de l’eau ! s’écria-t-elle.

Devant l’inactivité de son compagnon, Shizuka rouspéta et saisit le sac à Allen, fouillant prestement les affaires de l’exorciste sans qu’il ne pût protester. Elle saisit triomphante la gourde de celui-ci.

-De l’eau ! annonça-t-elle, victorieuse.
-Mais il ne vous veut aucun bien ! réussit finalement à articuler le garçon aux cheveux blancs.
-Hein ? Mais on s’en fiche de ça ! grogna la jeune fille appliquant le liquide sur les plaies, arrachant des cris de la part du prisonnier. Désolée ! Vraiment désolée, mais je suis obligée ! s’excusa-t-elle auprès du prisonnier.

Elle se retourna vers Allen.

-Et toi ne me vouvoie pas ! Je déteste ça ! ronchonna-t-elle.
-Euh, d’accord…

Elle serra autour des meurtrissures du prisonnier les morceaux de robe qu’elle avait arrachée, y mettant le plus grand soin.

-Aide moi ! lança-t-elle à son cadet.

Allen vint en aide à la princesse, ne sachant pas trop quoi faire. Celle-ci posa la tête de l’homme sur ses genoux, lui mouillant le visage. L’exorciste fit la grimace, se demandant comment elle pouvait poser un corps à la limite de la décomposition sur ses genoux. Mais il réalisa qu’il aurait fait la même chose si ça avait été son ami. Oui sauf que dans le cas présent il voulait la mort de Shizuka.
Les plaies pansées, la jeune femme bomba le torse, un sourire fier collé au visage.

-Et une bonne action, une ! se gratifia-t-elle.
-Pourquoi vous faites ça ?! Il veut vous tuer !
-Arrête de me vouvoyer !

La princesse marqua un temps de pause, puis regarda le prisonnier, puis Allen, continuant ainsi pendant une bonne minute pour finalement s’écrier :

-Quoi ?! s’horrifia-t-elle. Vous voulez ma mort ?! interrogea-t-elle le prisonnier.

Allen ouvrit de grands yeux. Elle ne s’était même pas rendue compte qu’on voulait sa mort dans cet endroit. Sa candeur et sa naïveté l’épatait, le laissant sans voix. Elle s’agita gênée et confuse, jetant des regards désespérés un peu partout, ne sachant même pas ce qu’elle cherchait si éperdument des yeux. La victime et agresseur prononça enfin des mots audibles.

-Je ne veux pas vous tuer…Enfin plus… lâcha-t-il entre deux râlements.
-Oh mon Dieu, quel soulagement ! s’exclama Shizuka dans un bruyant soupir. Ca aurait été un peu problématique que l’homme que je soigne me tue ! Mon Dieu ! Je me serais tuer moi-même alors ! Mais ça aurait été stupide comme mort !

Allen se retint d’ajouter «Aussi stupide que de le soigner ». Il soupira lui aussi, mais d’accablement, puis sourit devant sa naïveté. Le prisonnier les ramenèrent à la réalité.

-Je peux vous faire sortir d’ici si vous voulez… susurra-t-il.
-Oh, chic ! Vous êtes génial monsieur !

Allen ne s’étonna même plus de son innocence.

-Il va nous faire sortir d’ici ! s’exclama-t-elle, plus joyeuse qu’elle ne devrait l’être.

Elle se leva mais remarqua que son nouveau guide ne pouvait pas en faire de même.

-Oh pardon !

Elle se baissa pour essayer de le porter mais se contenta de le soulever de quelques centimètres pour finalement s’écrouler sur le mur sous le poids de sa charge. Allen se précipita, toujours aussi affligé par sa bêtise.

-Laisse moi faire, dit-il.

Elle rougit et bougonna qu’elle aurait pu le faire si elle s’y était mieux préparer, mais l’exorciste ne l’écouta pas et porta l’homme sur son dos. Ils s’aventurèrent sous les conseils du prisonnier dans les différents couloirs.

-Si vous savez comment sortir pourquoi ne pas être sortis alors ? demanda Shizuka.
-Parce que la seule sortie autre que l’officielle donne sur les quartiers des soldats, répondit-il.

La princesse pâlit. Allen le remarqua et lui sourit.

-Ne t’inquiètes pas. On les évitera si tu veux.

Elle leva les yeux vers l’exorciste rougissant légèrement et acquiesça de la tête. Leur marche était interminable. Shizuka regarda piteusement sa robe, maintenant raccourcie jusqu’au dessus du genou. Ses pieds la torturait et on ne voyait presque rien dans ce labyrinthe. Elle prenait soin de toujours se trouver près d’Allen et du prisonnier par peur de se perdre. Mais l’exorciste ne semblait pas avoir un très grand don pour l’orientation. Elle sentit quelque chose filer entre ses jambes et hurla pour s’accrocher au pauvre Allen qui se retrouvait maintenant avec deux charges. Les deux rougirent et leur guide soupira d’exaspération.

-Désolé, murmura à moitié la princesse en lâchant le bras de son compagnon.
-Pas grave, répondit-il, les joues toujours rosées.

Ils continuèrent leur chemin dans un silence seulement briser par les indications du prisonnier. Ils finirent par arriver devant un simple mur semblable à tous les autres.

-C’est là, dit le blessé.
-Mais il n’y a rien là, ajouta Allen.

La princesse s’approcha des murs et les tâta.

-Qu’est ce que vous faites ? demanda Allen.
-Tu ! enragea Shizuka.
-Euh … Qu’est ce que tu fais ?
-Je cherche à voir si il n’y a pas un autre mur derrière ce mur ! rayonna l’héritière des Qing, retrouvant mystérieusement son sourire radieux.

D’une certaine façon, elle était plutôt excentrique. Elle sortait complètement du lot, elle était à l’antipode de ce qu’on pouvait s’imaginer d’une princesse. Les seules qualités princières qu’on pouvait lui attribuer était sa beauté et l’amour de son peuple, ce qu’on ne pouvait pas vraiment reconnaître à tout les rois ou reines. Allen la regarda pensivement étudier méticuleusement ces dalles avec une obstination farouche lorsqu’elle finit par pousser un cri de satisfaction.

-Je sais ! s’exclama-t-elle.

Elle déplaça les divers vieux meubles qui reposait contre ce mur et on put découvrir qu’il y avait des briques manquantes, dévoilant un autre mur derrière celui qui s’offrait à leurs yeux.

-Qu’est ce que c’est que ça ?! s’étonna Allen.
-Un autre mur dans le mur ! s’enjoua Shizuka, fière d’elle-même, disant ça sur le ton le plus naturel au monde.

Elle s’affaira immédiatement à décaler les briques comme dans un puzzle, mais celui-ci était gigantesque.

-Comment as-tu trouvé cet autre mur ? remarqua Allen, épaté.
-C’est évident ! Parce que si la sortie est ici et qu’on ne voit qu’un mur c’est que la sortie est derrière le mur ! C’est juste logique !

Un long silence s’installa sans que la princesse n’y prête garde, toujours atteler à sa tâche. L’exorciste n’avait plus la force de répliquer. Lui qui lui avait cru une once de génie, avait été déçu en un temps record de trois secondes. Il ne pouvait cependant pas s’empêcher de la trouver attachante.

-Ca y est ! s’écria orgueilleusement Shizuka. J’ai réussie !

Maintenant une porte miniature se dessinait. La Qing s’agenouilla immédiatement pour ouvrir la petite porte et passer à l’intérieur non sans s’émerveiller.

-Waah ! J’ai l’impression d’être Alice au pays des merveilles ! C’est génial ! Je ne savais pas qu’on avait ça dans notre maison !

La simplicité avec laquelle elle accueillait les choses déconcertait Allen qui la suivit gauchement, portant toujours le prisonnier.

-Laissez moi ici, c’est déjà fini pour moi de toute façon.. susurra celui-ci.
-Pas question, déclara Allen. Si vous nous avez aidé à sortir d’ici, vous avez tout à fait le droit de sortir vous aussi.

Son interlocuteur esquissa un faible sourire.

-Merci, lâcha-t-il.

Lorsqu’ils se relevèrent ils firent face à une centaine de soldats en pleine dégustation dans ce qui semblait être une cantine. Ils fixèrent la princesse débraillée avec des yeux globuleux. Et pour cause, celle-ci était posté fièrement devant une petite trappe dont on n’avait jamais noté l’existence auparavant, regardant le restaurant comme si on lui avait montré des œuvres d’art authentiques, les habits déchirés et sales, et pour couronner le tout les cheveux emmêlés et la face terni par une quantité indéchiffrable de poussière.

-Je n’étais jamais venue ici ! s’émerveilla-t-elle.
-Princesse ?! s’exclama un des soldats.
-Que vous est-il arrivé ?!
-Nous vous avons enfin retrouvé !
-Où étiez vous ?!
-On a retrouvé la princesse !
-Il faut avertir l’empereur !
-On l’a retrouvé !

L’excitation de Shizuka s’était transformé en inquiétude, reculant d’un pas vers Allen et le prisonnier. Les soldats continuèrent de crier et la princesse fut prise de terreur. L’exorciste la regarda brièvement et prit sa main pour la trainer au milieu de la foule étonnée.

-Qu’est ce que vous faites à la princesse ?
-Relâchez la !

Allen tourna furtivement la tête vers eux.

-Nous sommes venus emmener votre princesse, ajouta-t-il simplement.

Un courant de stupéfaction traversa la foule de soldats alors que le jeune garçon aux cheveux blancs continua son chemin, la main dans celle de Shizuka qui évitait à tout prix les regards des soldats. Lorsqu’ils sortirent de la pièce elle se risqua enfin à prendre la parole.

-Comment ça vous allez m’emmener ? demanda-t-elle.
-Tu es une exorciste. Tout exorciste doit être emmener à la Congrégation.
-Qu’est ce que c’est un exorciste ?! Je ne peux pas partir ! Je suis la princesse ! Je ne peux simplement partir comme ça, au gré de mes envies !

Allen retira un gant à la princesse qui soudain exprima un mal à l’aise.

-Ce qu’on t’as implanté s’appelle une innocence et fait de toi une exorciste, expliqua brièvement l’exorciste.

Elle ne sembla pas comprendre.

-Tout les exorcistes doivent sans exception aller à la Congrégation .. ? Et est ce qu’on a un contact avec le monde extérieur lorsqu’on va à la Congrégation ? continua-t-elle, la mine soudain devenue sombre.
-Non … Pas vraiment … Seulement pour les missions… se risqua à répondre Allen, mal à l’aise.

Les larmes montèrent aux yeux de Shizuka et finirent par déferler en torrents sur ses joues pâles. Allen l’entendit seulement murmurer un « Pourquoi me l’as-tu implanter alors papa ? » avant de la voir s’enfuir en courant.

-Princesse ! s’exclama-t-il.
-Je pense qu’il faudrait la laisser seule le temps qu’elle encaisse ce qu’elle vient d’apprendre… ajouta le prisonnier dont ils avaient presque oublier la présence.

Il acquiesça de manière incertaine et regarda vers la direction où elle s’était enfuie. Il ne comprenait plus rien. Pourquoi est ce que cette innocence a pu entrer en résonance avec elle alors qu’elle était celle de Suman ? Pourquoi elle ne sait rien dessus ? Pourquoi est ce que son propre  père lui a fait implanter ça ?
A l’étage Lenalee et Krory attendaient toujours, adossés contre le mur. Ils étaient sur le point de céder au sommeil lorsque Shizuka passa en hâte devant eux sans même les voir, cachant son visage larmoyant dans ses mains.

-Que, qui, quoi ?! s’écria Krory déconcerté.
-Princesse ?! s’exclama Lenalee.

Mais le temps qu’ils ne se lèvent, Shizuka était déjà partie bien loin. Ils se regardèrent confus.

-Qu’est ce qu’il vient juste de se passer à l’instant ? demanda Krory qui décidément ne comprenait rien à la suite des événements.
-On aurait dit qu’elle pleurait… ajouta Lenalee inquiète.

Une demi heure plus tard, Allen apparut avec sa charge sur le dos.

-Allen ! s’exclama Lenalee.
-Que s’est il passé avec la princesse ? On l’a vu quelques minutes auparavant courir en pleurant ! dit Krory.
-Elle a appris des choses qu’elle aurait préféré ne jamais savoir… répondit Allen, inquiet à propos de Shizuka.

Il ne pouvait pas s’empêcher de se soucier de Shizuka et ne pouvait pas oublier ces derniers mots.
Mais pourquoi est ce qu’il a implanté ce fardeau à sa propre fille ?